Hokusai, une vie d’artiste dans le Japon de la fin XVIIIe et du début XIXe siècle
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Hokusai, une vie d’artiste dans le Japon de la fin XVIIIe et du début XIXe siècle

Hokusai, une vie d’artiste dans le Japon de la fin XVIIIe et du début XIXe siècle

Hokusai Katsushika (葛飾 北斎), est né à Edo en 1760, ancien nom de Tokyo, et mort dans la même ville en 1849. Peintre, dessinateur et graveur spécialiste de l’ukiyo-e, ou estampe japonaise, ainsi qu’auteur d’écrits populaires surtout il est surtout connu sous le nom de Hokusai (北斎), ou au travers de son surnom de « Vieux Fou de dessin ».

Son œuvre influença de nombreux artistes européens, en particulier Gauguin, Vincent van Gogh, Claude Monet et Alfred Sisley, et plus largement le mouvement artistique appelé japonisme.

Depuis 2016, un musée dédié exclusivement à l’artiste a ouvert ses portes à Sumida, le quartier de Tokyo où Hokusai a grandit, et où il a passé la majeure partie de sa vie.  Sur quatre étages, il a été conçu par Sejima Kazuyo et est un exemple remarquable d’architecture moderne. Il abrite une exposition permanente présentant des répliques en haute-résolution des œuvres de l’artiste et des informations sur sa vie et son travail. Ses œuvres originales peuvent être admirées au travers d’expositions qui changent au rythme des saisons.

Katsushika Hokusai

« Depuis l’âge de six ans, j’avais la manie de dessiner les formes des objets. Vers l’âge de cinquante, j’ai publié une infinité de dessins ; mais je suis mécontent de tout ce que j’ai produit avant l’âge de soixante-dix ans. C’est à l’âge de soixante-treize ans que j’ai compris à peu près la forme et la nature vraie des oiseaux, des poissons, des plantes,

… Par conséquent, à l’âge de quatre-vingts ans, j’aurai fait beaucoup de progrès, j’arriverai au fond des choses ; à cent, je serai décidément parvenu à un état supérieur, indéfinissable, et à l’âge de cent dix, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant. Je demande à ceux qui vivront autant que moi de voir si je tiens parole. Écrit, à l’âge de soixante-quinze ans, par moi, autrefois Hokusai, aujourd’hui Gakyo Rojin, le vieillard fou de dessin. »

“Si le ciel m’avait donné cinq ans de plus, je serais devenu un grand peintre.”

Katsushika Hokusai

vieux peintre errant

Hokusai, une vie d'artiste

Il naît à Edo, la capitale, et à l’âge de 3 ans, Nakajima Ise, son oncle, le receuille. Ce dernier est alors le fabricant de miroir du Shogun. Compte tenu des aptitudes du jeune Tokitarō, le nom de Hokusai d’alors, il l’initie très tôt, dès l’âge de 6 ans, à la peinture et à la gravure. A 14 ans, Il entame son apprentissage auprès d’un graveur, qu’il poursuit jusqu’à ses 18 ans. Il est ensuite accepté auprès de Shunshô, un artiste d’ukyo-e afin d’y réaliser ses premières gravures.

Shunshô qui dirige l’école Katsukawa, est alors célèbre pour ses portraits d’acteurs de théâtre kabuki, qu’il réinventa, et son atelier réputé pour la qualité de ses coloristes. Durant cette période, Hokusai, sous le nom de Shunrô, réalise des portraits de courtisanes, d’acteurs, des estampes commerciales. Il illustre surtout des romans populaires. A partir de 1785, il s’intéresse à de nouveaux styles et il se lie d’amitié avec l’école rivale de Kano.

1790 et la réalisation de l’estampe “feu d’artifice au pont du Ryôgoku” ( à gauche) marque un tournant dans la carrière du encore jeune Hokusai. Expérimentant des techniques et des couleurs venus d’occident dont le bleu de Prusse, il commence à se démarquer de l’école classique de l’ukyo-e autant par le sujet traité, que par la forme.

Traditionnellement l’estampe avait pour sujet de prédilection le portrait. Les modèles les plus populaires étaient ceux d’acteurs, connus, de Kabuki ( dit “yakusha-e”), et ceux de courtisanes ( dit “bijin-ga” ). Les paysages étant des objets de la peinture classique.

Il est inspiré par l’œuvre d’Utagawa Toyoharu qui s’inspire des modes occidentales et qui fonde un mode nouveau d’estampes en perspective dite « ukie » qui marquera le travail futur de Hokusai.

En 1793 son maître meurt, il commence alors à explorer d’autres styles d’art, notamment les styles européens auxquels il a été exposé par le biais de gravures sur cuivre d’origine française et hollandaise qu’il a pu acquérir. Le successeur de l’école Shunkô, lui demande de partir sous prétexte de ses liens avec des écoles rivales. Il prend cet évènement comme une chance pour faire évoluer son style. Il se sépare des créations anciennes pour s’intéresser à ce qui lui vaudra la postérité, les scènes de vie quotidienne du Japon, et les paysages.

A la tête de l’école Tawaraya

Fin 1794. Il abandonne le nom de Shunrô pour celui de Sôri. Il accepte de devenir le maître de l’école Tawaraya, fondé par Tawaraya Sôri, prolongement de l’œuvre décorative de Sôtatsu. C’est durant ces trois années qu’il s’essaie au paysage dans « Printemps à Enoshima » qui contient déjà les principes de son œuvre majeure. C’est également une période féconde de création de surimono et egoyomi.

Printemps à Enoshima - Hokusai

Bien qu’ayant pour modèle les œuvres de son contemporain Shiba Kôkan qui définit le rapport à l’art occidental, Hokusai s’évertue à retranscrire les codes ainsi appris dans des œuvres purement japonaises. On retrouve alors dans son style certains éléments de l’école Rinpa, et d’autres de l’école Kanô. Il commence à être un artiste complet qui s’évertue à apprendre et réapprendre son art sans faire allégeance à un seul et même style. L’école Kanô combinaison d’art japonais et d’art classique chinois, était très couru puisque toutes les commandes d’état.

En 1798, il abandonne l’atelier Tawaraya, et donne le nom de Sôri à son élève pour fonder son propre atelier : l’atelier du nord ou en japonais « Hokusai » en l’honneur de Myoken, associé à l’étoile du Nord.

Hokusai Manga

En 1814, suivant les conseils de l’artiste Bakusen rencontré deux ans plus tôt à Nagoya, il publie un recueil de ses innombrables carnets de croquis, et d’études originales. Manuels didactiques et cahiers de modèles, il publie les dix premiers volumes entre 1814 et 1819. Ce sera une encyclopédie imagée du Japon en quinze volumes, contenant d’innombrables croquis et fournissant aux artistes un répertoire iconographique de modèles sur tous les sujets. Il y invente le terme de manga, qui a gagné la postérité contemporaine.

Volume 8, première page.

Il attend 1830 et la pression des éditeurs, les volumes précédents étant des succès, pour publier le 11e volume et annoncer la venue des 9 prochains. Le douzième, riche en dessins comiques et en caricatures sera publié en 1934. Il s’arrêtera là bien que le treizième volume de sa main sera publié en 1849, à titre posthume, quelques mois après sa mort. Edmond de Goncourt dira “La Mangwa, cette profusion d’images, cette avalanche de dessins, cette débauche de crayonnages, ces quinze cahiers où les croquis se pressent sur les feuillets, comme les oeufs de la ponte des vers à soie sur une feuille de papier, une oeuvre qui n’a pas de pareille chez aucun peintre de l’Occident!”.

 

Le grand Bouddha

Le 5 Octobre 1817, Hokusai réalise dans la cour du temple Hongan-ji de Nagoya, un portrait représentant un moine, et son buste sur un papier de 18 m × 11 m. Aidé par un arsenal d’apprentis, l’évènement est relayé en grande pompe par les communicants de l’époque et des tracts invitent les habitants à venir y participer.

Après cet exploit, Hokusai devint le « maître bouddha » pour les habitants de Nagoya, et sa gloire traversa tout le Japon d’alors puisque l’œuvre fût largement suivi et décrite la même année dans le Kōriki Enkōan.

L’oeuvre ne survivra pas aux bombardements de 1945 sur la ville. Elle sera recréée en 2017 pour célébrer les 150 ans de l’évènement par les étudiants de l’université d’Art d’Aichi – les papiers promotionnels de l’évènement ont eux survécus et sont consultables.

Oeuvres occidentales.

Peintre, Hokusai a également réalisé des tableaux dans le style occidental. Sa collection est aujourd’hui partagée entre la Hollande, au musée anthropologique de Leyde, et la France ( à la Bibliothèque Nationale de France), qui a racheté les œuvres du médecin.

Il a peint un somme de peintures dans le style “Hollandais” ( en ce temps tout ce qui était occidental était hollandais pour les japonais ), à destination du capitaine de Sturler, et pour le médecin allemand Philipp Franz von Siebold avec qui il se serait disputé.

L’oeuvre ci-dessus, réalisé en 1826 se nomme “homme lavant les chevaux”. Certaines des œuvres attribués à Hokusai de cette époque ne sont pas signées. Et pour cause, il était interdit de vendre des toiles aux étrangers sous peine d’emprisonnement. Ce qui vaudra d’ailleurs au capitaine de Sturler, grand collectionneur d’art japonais, son expulsion définitive du pays quelques années plus tard.

36 vues du mont Fuji, le chef d'oeuvre de l'artiste.

De plus en plus pointu sur son sujet de prédilection qui fera sa gloire, l’estampe de paysage, Hokusai fait publier ses “Trente-six vues du mont Fuji (富嶽三十六景)” entre 1831 et 1833. Le succès est tel que 10 autres vues viendront s’ajouter.

La série est un carnet de voyage paysagiste présentant le Mont Fuji sous différents angles et routes. Volcan iconique et vénéré pour la perfection de son cône, le Mont Fuji, très cher au coeur des japonais, s’y dévoile dans des scènes nouvelles. L’intégration de techniques occidentales, principalement la perspective, donne aux scènes toute leur profondeur, et marque le peintre comme le fer de lance du japonisme. Le Fuji sacralisé s’y découvre comme gardien des saisons et des hommes s’adaptant au fil des chemins qu’il observe.

Au cours de ses soixante-dix ans de carrière, Katsushika Hokusai a réalisé une œuvre considérable. Quelques 3 000 tirages couleur, des illustrations pour plus de 200 livres, des centaines de dessins et plus de 1 000 peintures. Abandonné rapidement les sujets étroits de la tradition de l’estampe dont il faisait partie, comme les images d’acteurs populaires, de courtisanes et des mythes, pour se consacrer à dépeindre les scènes de la vie quotidienne, et la majestuosité des paysages. Acteur majeur de l’art japonais, sa grande vague de Kanagawa est devenu un symbole du Japon, et son influence dans les travaux d’artistes contemporains, Manet, Monet, Van Gogh, …, lui ont permis d’atteindre un “rang d’immortel”, magnifié par sa biographie d’Edmond de Goncourt. Un musée en son nom demeure à Tokyo.

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